Magali Roux
Psychologue Clinicienne, Psychothérapeute à Aix-les-Bains
Thérapie de couple / Thérapie individuelle
Magali Roux
Psychologue Clinicienne, Psychothérapeute à Aix-les-Bains
Thérapie de couple / Thérapie individuelle

Expériences

Expériences

          

          Durant mon parcours universitaire et professionnel, mes expériences pratiques m’ont amenée à rencontrer diverses populations, et à travailler dans des structures très différentes.        

        J’ai approché les champs de la souffrance humaine, ceux-ci s’intriquant et se désintrinquant dans l’abord de la naissance, mais aussi de la fin de vie, du handicap, de la protection, des maux somatiques -à travers des lieux diversifiés : en Hôpital Public et Clinique Privée : Unité d'Oncologie, Soins Palliatifs, Chirurgie, Réanimation, Médecine, Maternité/Pédiatrie ; Rhumatologie -Unité anti-douleur- ; au sein d’un SESSAD, en Psychiatrie intra- et extrahospitalière : US enfants, CMP adulte et enfant, ainsi qu’en Centre de Jour pour enfants, maison de l’enfance, Hôpital de Jour pour adultes, EHPAD-.    

       Une fois diplômée dans ma spécialisation en Psychopathologie et Psychologie Clinique, je me suis tournée en 2011 vers la complémentarité du versant Professionnel : le versant Recherche, ouvrant sur une possible perspective de thèse.    

      J’avais besoin de nourrir ma pensée afin de pouvoir proposer un étayage au plus près de l’immersion vécue au sein de cette pratique plurielle, pluralité des souffrances et personnes rencontrées, complexité et multiplicité des institutions en résonnance.    

      Le besoin d’interroger la boucle rétroactive constituée par la ‘dialectique théorico-clinique’, à savoir le fait que la théorie que nous apprenons, est mise à l’épreuve dans l’intrication à notre pratique dite « clinique » reste un processus essentiel.    

     Après m'être appropriée la théorie, j'ai dû alors la désapprendre, me libérer de ses a priori pour vraiment entendre le patient que je rencontrais dans sa singularité. 

     Cette théorie mise en suspens venait après-coup alimenter son propre enrichissement. Sinon nous serions vite tentés de systématiser notre pensée, globaliser et dénaturer la causalité et la spécificité des souffrances, plaquant une théorie désincarnée, simplificatrice, caricaturant par des schématisations réflexes, au risque de devenir des praticiens "supposés savoir" distants de leur patient.    

     Nous devons peut-être plutôt, un peu comme des céramistes et sculpteurs, partir ensemble avec le patient à la rencontre d' « une matière première », celle dite « psychique »[1] de ce dernier, impliquant une déformation de la théorie, un remodelage de cette dernière, un morcellement pour pouvoir mieux la rassembler, donner une forme à l'informe, en créer une complexité stimulante, apporter des ramifications encore jusque là non explorées, si ce n’est dans les arcanes des suivis réalisés, permettant au patient d’être toujours un peu plus « soi », dégagé idéalement des traces laissées par la rencontre avec leurs hôtes.    

     Cette formation en recherche aboutissant à l’écriture d’un mémoire, me poussera tout au long de ma pratique dans les différents milieux abordés, à « réfléchir » ce qui venait mettre à mal le patient, ce dernier se présentant dans la rencontre à fleur de peau, désorienté, me devant de reconstruire avec lui, un sens, une narrativité, tisser une histoire qui serait la sienne, que ses angoisses, sa souffrance tant psychique que physique racontait et mettait en scène de manière bien souvent répétitive jusque-là, puisque non entendue.    

       Retisser et re-penser/panser les strates de son vécu à l’aune de ses ressentis restés tus ou à l’écart de la conscience, sacrifié sur l’autel de figures parentales ne laissant parfois pas ou peu de place à sa subjectivité, sa singularité.    

      Une vie vécue à flux tendu pour pouvoir être aimé de ses parents, porté par l’espoir d’être aimé, conduisant parfois à un effacement des moments douloureux, de ses ressentis, laissant des traces qui ne se lassent pas de se re-présenter dans le présent, dans ses relations, ou au coeur de son propre fonctionnement. 

    Par exemple au sein de son couple ou avec ses enfants. Pour illustrer ce fait, écoutons par exemple « La mer est calme » de Ben Mazué, qui pourrait comme toute chanson librement soumise à interprétation, être entendue métaphoriquement comme une reprise, une réactualisation d'une relation maternelle "houleuse", un transfert de celle-ci dans le lien du couple.

     Avoir été au contact d'une mère qui "(s') emporte" et dont les bras réconfortants n'auraient été qu'un "mirage" pourrait nous conduire à tenter à travers le couple de "réussir" la relation 'manquée' à la mère, à transformer cette relation. Cette tentative est parfois marquée par un achoppement, témoin du passé. C'est ainsi qu'une "répétition" voire même une compulsion de répétition d'un scénario du passé peut douloureusement jalonner son histoire.

      Cette souffrance qui se conflictualise sur la scène du couple, ou plus largement sur la scène familiale, se révélant en partie être les traces de la résistance de l’adulte à laisser place à l’enfant en soi, afin d’ouvrir sa conscience, ses yeux et ses oreilles, d’écouter tout son corps, qui, lui, se souvient.

      « Notre corps ne ment jamais » nous dit A. Miller -Psychologue- il nous aiguille effectivement sur la pesanteur d’une ambiance, familiale, affective, mais notre conscient peut parfois passer une vie à l’ignorer, tenter de l’effacer, pour par exemple garder vivant en nous une image d'Épinal de nos parents, afin de préserver une image illusoire sécurisante du parent, et de sauvegarder le lien d'amour qui nous unit à lui.

       Lorsque l’on s’épargne le fait de reproduire ce que l’on a vécu auprès des autres, entourage familial ou professionnel ; on s’attaque alors parfois soi-même, dépression ou douleurs physiques installées venant nous raconter comment on s’est senti blessé, reprenant  de nous à nous-mêmes les modalités de lien familiers et familiaux parfois brûlant, acerbes, molestant, ou encore cassant et ignorant.      

       L’aliénation de notre psychisme, de notre subjectivité laissant des trouées, des tâches aveugles, des points noirs dans notre champ de vision.            

       Se dégager de ces deux « devenirs » potentiels volontairement caricaturés ici dans un souci d’intelligibilité, passe par une inflexion de la relecture de son histoire, parcheminée jusque là de blancs ou de trous, distillée dans la réminiscence parfois que de bons souvenirs uniquement, aspirant tous les vécus négatifs de l’enfant en nous.          

       Désobéir à ses parents à 15 ans, à la vingtaine ou à la trentaine, voire à 40 ans - ce que l'on appelle communément la "crise de la quarantaine"- à 50 et 60 ans et plus, pouvoir vivre sa vie à soi, ressentir enfin une légitime révolte parfois méconnue ou inconnue, qui ne se retournerait plus à maux couverts contre soi, suscitant par exemple tourments, manque de confiance en soi, tics ou tocs, phobies ou encore douleurs physiques, mais ré-adressée en pensée à ceux pour qui l'on s’empêchait par exemple de trop s’émanciper, de trop briller, serait salvateur.  

      Eddy de Pretto, chantant une version inédite de son titre "Mamère" sur le plateau de C à vous (25/04/2018), raconte bien l'impact douloureux des liens tissés dans l'enfance.      

      Parfois, cet enfant en nous, pour espérer trouver l’illusion d’un amour qui ne se présentera jamais tel qu’il l’attendait, était prêt à tout, même à renoncer à lui-même.          

        A l’inverse, ses demandes d’affection et d’attention ont été parfois ponctuées, scandées par des représailles ou des abandons de la part de ses figures parentales nées de rivalités, de souhaits déçus et déchus, et de freins, blottis au creux de leurs propres souffrances infantiles bien souvent elles aussi déniées, projetées et traitées, retournées, souvent malgré eux, au coeur du psychisme de leurs enfants.

Les parents, nos parents, bien que cela puisse paraître parfois déroutant -voire impensable- ou encore paradoxal, sont ainsi bien souvent dans un même mouvement aimants, mais aux prises avec leur propre histoire d’enfants tue.  

      Cet amour est alors soumis à des torsions, qui nous font nous contorsionner pour se sentir aimés.

D'idéalisés à diabolisés, il faut du temps et un après-coup, la naissance d'un sentiment de liberté pour que des sentiments plus nuancés et ambivalents à l'égard de nos figures tutélaires se présentent.      

      Les parents défaillants ont été bien souvent des enfants qui ont été malmenés, qui ont souffert dans le lien avec leurs propres parents, et qui n'ont pas été protégés d'eux, ni consolés et rassurés.

      Si cette reconnaissance empathique n'advient pas, nous assistons à une compulsion de répétition de scénarios familiaux, de drames discrets ou bruyants, à travers la filiation.

    Nous conduisant à "lire" plus largement l'histoire familiale, la transmission inter- et trans- générationnelle.

    Nous pourrions ainsi remonter la chaîne des générations pour percevoir les vécus inhérents à l’enfance en souffrance de nos grands-parents, arrières grands-parents, de nos ancêtres.

       Aujourd'hui, de jeunes parents consultent de plus en plus afin de se libérer de ce qu'ils vivent comme "incontrôlable" en eux, de ce qui les prend littéralement en otage, afin de préserver leurs enfants. 

     Très souvent, cela correspond à ce à quoi ils ont été confrontés eux-mêmes enfants avec leurs propres parents, parfois sous d'autres formes, mais qui n'a jamais été reconnu et empathisé.

    Ces boucles traumatiques tendent vers leur dénouement, une fois que cette souffrance est prise en compte.

    Le travail thérapeutique est celui d’une élaboration psychique, celle de l’enfant qui, enfin adulte, s’accorderait idéalement ce qui lui a alors jusque là été refusé, ou a été témoigné -partiellement- par déformation, amputation, détournement, effacement de ses vécus.

       Pouvoir être accompagné dans le processus de deuil de ce que nous avons toujours espéré, mais que nous ne pouvons attendre de nos parents, devient vital.        

       Avec tout ce que ces parents ont fait pour nous, « comment leur en vouloir ?» si ce n’est en étant un(e) enfant "indigne" dans leur regard.      

       Cette phrase peut être une pensée qui traverse l’esprit lors d’un travail sur soi, preuve et témoin de la tentative et du frein de vivre sa vie « libre », de remettre en question son parent. Alors que l'on a été parfois toute une vie dans le ressenti et l'expression d'une empathie culpabilisée envers ce dernier, tentant de le guérir, de le sauver de ce que nous pouvions deviner de leurs comportements énigmatiques, comme autant de traces et restes de traumatismes inélaborés.       

      Nous sommes alors encore ici des enfants qui craindraient quelque chose qui est parfois déjà arrivé, c'est-à-dire des témoignages d'amour livrés sous conditions, qui nous seraient potentiellement dérobés si l’on osait exister pour soi, nous culpabilisant de grandir.            

      Une nécessaire approche de nos besoins et émotions d’enfant, une écoute de ce dont il a manqué, sans craindre que cela « abîme » son parent, ou que ce dernier le désavouerait, serait une des clé d’un changement potentiel profond.        

      Parfois certains patients lors de prises de conscience liées à des réminiscences éprouvent le besoin de "couper" le lien avec leurs parents, animés par une juste révolte, ce qui ne se fait pas sans réactivation d'angoisses d'abandon, celles là même qui nous poussaient jusque-là à se "coller" à ses parents.

       Pris entre angoisses d'abandon, besoin d'amour et de réconfort, l'identité vacille encore, appelant à une nécessité de trouver d'autres figures d'investissement pour ne pas être face au "vide" tant craint.

      Nous nous construisons en tant que membre du corps familial en appui sur nos liens d'appartenance, parfois au coeur d'une organisation symbiotique méconnue par nous-même.      

      Aussi, quand ces liens sont davantage toxiques que bienfaisants, comment s'en libérer sans sensations "d'arrachement"? 

     On se retrouve face au paradoxe parfois méconnu du "vivre ensemble (dans la réalité ou psychiquement pourrions-nous rajouter) nous tue, nous séparer est mortel " - J.-P. Caillot et G. Decherf, 1982b-

      Le parent, dans ce qu'il "nous (a) fait" , ou dans ce qu'il n'a "pas fait" serait à identifier pour se dégager d'une symptomatologie qui sinon insisterait, tentant de raconter ce à quoi nous avons été confronté, nous impactant de manière traumatique. Condamner, serait la première étape d'une re-co-naissance.

    Tant que " ça" n'a pas été reconnu, la souffrance insiste et fait retour sous différentes formes.

   La compréhension, l'intellectualisation trop hâtive, permettant de saisir les processus à l'oeuvre, conduisant précocement à l'empathie, voire même au "pardon", ne nous permet pas toujours d'accéder à notre vrai soi.

   Ce serait trahir l'enfant que nous avons été, que d'empathiser avec le parent malmenant, son histoire, son enfance, si personne, ni même le thérapeute, n'est en mesure de reconnaître dans un premier temps les blessures infligées à l'enfant que l'on a été, devenant cet adulte portant les stigmates d'un vécu traumatique, conduisant à consulter. 

    Ressentir et exprimer une saine révolte envers le "parent intérieur", est celle-là même qui nous permettra de nous révéler bienveillant dans notre lien aux autres, nous différenciant dans un même mouvement de son parent.

    La trace, le retentissement des "coups" psychiques voire physiques, qui se sont agis dans le lien seraient à penser/panser, partager affectivement dans le travail thérapeutique, reconnaître, pour pouvoir vivre de manière apaisée, en étant vraiment soi, aimant.

   Se libérer d'une forme d' "imitation incorporative" paraît la seule issue. Et pour ce, condamner la violence, frontale ou insidieuse, aussi bien psychique que physique, une nécessité.          

Parfois accéder à cette colère légitime remet en question l'équilibre 'apparent' familial.

Car en condamnant, on se différencie du corps familial, on s'individualise, on peut alors être en proie avec des vécus de déchirure internes, d'abandon angoissants, de perte de sentiment d'identité, ayant le sentiment de "trahir" sa famille.

Ce sentiment de culpabilité ressenti, il peut être adressée au thérapeute, afin de préserver son parent, se recollant à lui, en adhésivité, en épousant alors ses traits, se confondant littéralement avec son parent.

Roger Dorey ne disait-il pas "Celui qui exerce son emprise grave son empreinte sur l'autre, y dessine sa propre figure"?

Si ce transfert se révèle indépassable, inélaborable, alors le patient repartira avec le risque de ne pas pouvoir se libérer de cette identification aliénante aux parents, "condamnant" le thérapeute en lieu et place du parent.

Tout comme il aurait pu être "condamné", rejeté, abandonné, vécu comme toxique par sa famille en dénonçant les maltraitances vécues et déniées, aux prises avec un conflit de loyauté emprisonnant.

        Alice Miller dans " Ta vie sauvée enfin", évoque ce processus à travers la "haine latente, transférée" qui se révèle "dangereuse et difficile à éteindre car elle ne se dirige pas sur la personne qui l'a causée mais sur des substituts" -p.62. 

         Elle ajoute plus loin: "Je me méfierais si un(e) thérapeute me promettait qu'après le traitement...je serais débarrassée des sentiments indésirables comme la colère, la fureur, ou la haine" -p.65. 

        C'est ce qui arrive lorsque parfois des approches thérapeutiques nous promettent de nous libérer d'émotions vécues comme invalidantes et aliénantes, sans en rechercher la cause profonde, dans une forme de "toute-puissance" du thérapeute.

         L'opération demandera à se répéter sans fin, comme le tonneau des Danaïdes, car tôt ou tard, l'émotion ou la phobie réapparaîtront, même si sous une autre forme. 

         Comprendre par contre ses racines, nous permettra de l'apaiser, car les vrais protagonistes seront identifiés, l'empathie envers l'enfant que nous étions, activée. Ainsi elle, (l'émotion invalidante ou la phobie), n'aura plus de nécessité de se déplacer sur d'autres choses ou personnes puisqu'elle sera enfin pleinement reconnue. Elle tendra vers son effacement.

         La révolte de l'enfant que nous avons été n'aura plus de cesse de s'adresser au conjoint, collègue ou enfant, puisque nous saurons qui nous a blessé, effracté. Et nous aurons davantage l'envie d'étayer, l'autre vulnérable, le soutenir, en écho avec l'enfant que l'on a été.

Nous saurons aussi nous protéger et nous défendre davantage face aux personnes toxiques, qui n'ayant parfois jamais été reconnues comme victimes dans leur enfance, tentent parfois paradoxalement de le faire reconnaître en devenant elles-mêmes agresseurs. Tout en le niant, voire en le projetant sur l'autre.

Tous les 'célèbres' dictateurs ou tortionnaires ont dramatiquement suivi ce chemin (cf. Hitler maltraité dans son enfance par son père), déversant leur haine venant de l'enfant impuissant, qui n'a pas pu l'exprimer, à travers une toute-puissance meurtrière une fois adulte.

          L'accès à la bienveillance, envers soi, comme envers l'autre, passe par le droit à l'indignation, à la colère, et à la dénonciation, couplée à une condamnation de ce à qui ou à quoi nous avons été confrontés, touchés et impactés par des mouvements profondément injustes, blessants, voire violents qui nous ont été adressés. 

 

    Le transgénérationnel, un héritage silencieux dans l'enceinte des mots, tumulteux dans celle des sens.

    Un corps qui parle:

          La problématique du transgénérationnel peut être également génératrice d’angoisses ou de mal-être, les choses n'étant ni binaires, ni manichéennes.

         On nous transmet parfois une histoire privée de paroles, des secrets de famille, ces "fantômes" qui viennent parfois s'actualiser dans nos ressentis, psychiques, voire même physiques. 

        Je pense à une patiente rencontrée il y a des années au tout début de ma pratique en Clinique au sein d’un service d’Oncologie, remplaçant une collègue en congé maternité. Toujours animée par la perspective d’une compréhension plus fine, venant de terminer mon mémoire de recherche, débutante encore en tant que jeune psychologue, j’écrivais chaque matin mes questionnements et hypothèses, avant de partir à la rencontre des patients au sein de cette clinique. Cela m’aidait à penser et à prendre du recul.  

      Finalement, les pages s’amoncelant, cela a abouti à la rédaction de ce que j’avais nommé une « contribution » au "projet des Soins Palliatifs", travaillant sur les aspects et enjeux inconscients suscités par cet environnement, tant pour les équipes que pour les patients.    

      Voici un petit extrait, une sorte d’arrêt sur image d’un entretien avec une patiente, que je nommerais Melle N. pour préserver son anonymat, poussée par l’exigence que j’avais et que j'ai encore à comprendre l’impensable, à mettre du sens sur la brûlure de l’injustice.

 

           " Melle N. est une patiente que je rencontre dans le cadre d’une demande émanant d’un soignant soucieux de son état psychique, décrivant  l’avancée de la maladie diagnostiquée par un scanner passé récemment, évoquant alors les « méta-osseuses », envahissant les muscles et les poumons de cette dernière.

             Les médecins sont pessimistes et ne lui donnent plus que quelques semaines à vivre. 

             Melle N. a moins de 30 ans, et était déclarée au dernier examen réalisé il y a trois mois de cela, en rémission d’un cancer l’ayant touchée quelques années auparavant.

             Des douleurs étaient  récemment  apparues, ce qui l’avait conduite à l’hospitalisation, et à l’investigation d’imageries ayant révélé l’autolyse déclarée.

            Prenant connaissance de ces éléments quelques minutes avant de me présenter, je vais à sa rencontre.

            Nous échangeons spontanément et de fait prudemment. Ce qui me frappe en entrant dans la chambre, c’est qu’elle semble avoir à peine seize ans, et ne porte pas  les affres de la maladie. Elle me dit avoir été déçue par un psychologue qui la suivait avant son arrivée dans le service, et ne pas vouloir revivre cela. Je suis alors étreinte par l’idée que je connaissais les résultats de son examen, mais que je ne pouvais rien en dire à ce moment-là,ne pouvant aller à l’encontre, seule, des ‘consignes’ données, sans avoir échangé au préalable avec les différents protagonistes du soin.

           Parlant peu, et à voix basse, m’obligeant à redoubler d’attention pour comprendre ce qu’elle me disait, elle m’évoque ses douleurs, ses doutes, le silence ou l’explication évasive répondant à ses questions concernant les résultats des investigations médicales.

           Nous convenons de nous revoir avant sa sortie. 

           En arrivant le lendemain matin à mon bureau, un message sur mon répondeur m’accueille, Melle N. me demandant si je pouvais venir le matin même, sa sortie étant prévue l’après-midi.

           Lorsque je la rencontre de nouveau, il est alors question de cauchemars récurrents, qui la conduisent à évoquer la sœur de sa mère, décédée quelques semaines avant sa naissance. Tout en l’écoutant, je peine toujours à réaliser que cette belle jeune femme est envahie de métastases et condamnée dans le discours médical à une mort certaine.

           Je l’écoute attentivement, étonnée et touchée par l’histoire qu’elle évoque.

           La  jeune sœur de sa mère est décédée à l’âge de seize ans d’une leucémie foudroyante (...!) et était décrite dans le discours maternel, comme parée d’une grande beauté et d’une intelligence fulgurante.

            Melle N. relate avoir été le « bébé » qui devait guérir ses parents, meurtris par la blessure terrible causée par cette perte. La patiente a pour sa part mené de brillantes études, gardant toujours le sourire et le moral, tentant de se conformer à ce qui était attendu d’elle. La première image que j’eue de cette patiente en entrant dans la chambre me revint alors en mémoire.

           C’est ainsi que je compris qu’elle s’était mise à incarner elle-même cette petite fille modèle, sans failles apparentes: comment ne pas penser que cette patiente avait été prise dans une projection familiale identifiante à cette tante décédée ? Que son rôle était de la faire vivre à travers elle, pour              compenser son absence, la remplaçant, ‘devenant’ elle-même cette tante. Je ne pouvais bien sur pas l’évoquer comme tel, Melle N. n’en ayant pas conscience.

           Cette « collusion » troublante évoquée alors à mots couverts, donnera à vivre plusieurs insights de la part de la patiente. Au gré de ceux-ci, elle  commence par me narrer le temps de l’annonce de son cancer, il y a plusieurs années de cela. Elle n’avait pu s’empêcher de penser sur le moment: " mais comment vont  réagir mes parents ? Je n’avais pas le droit d’être malade, j’étais celle qui devait leur rendre la vie" (et donc la vie de cette jeune tante… !). 

           Elle ajoute alors avoir dû porter les habits de cette tante durant son enfance, ainsi que son prénom, l’identification devenant de plus en plus consciente au gré de nos échanges toujours prudents. Comme si cette tante n’était jamais partie, et que son "fantôme" hantait la psyché familiale et de fait, Melle N.

            Un autre souvenir vint alors à sa conscience: le jour de ses vingt ans, elle avait décidé de donner une fête et de recevoir ses amis. Mais ses parents ne l’entendaient pas ainsi, et lui auraient rappelé qu’elle devait fêter les vingt ans…du décès de sa tante. 

            Les dates coïncidant, les identités s’entrechoquent et se mêlent, la patiente ne sachant plus qui elle est. Un fantôme, une ombre, pesant sur elle, gommant tout sentiment d'individualité, d'identité alter. 

           Je comprends aussi que cette identification inconsciente, (impulsée par la figure maternelle), à laquelle elle était aux prises, commençant à se manifester consciemment au grand étonnement de la patiente au décours de cet entretien, faisait entrevoir dans un éclair glaçant le sort de cette tante, et en miroir le sien propre, auquel les médecins la prédestinaient.

            La compréhension de cette figure de la tante encryptée à même le corps de la patiente, par un processus projectif  identifiant, me fit alors l’effet d’un douloureux choc, percutant dans ce qu’il laissait présager. Sa destinée identificatoire semblait être écrite, mais je peinais à m’y résoudre intérieurement. Un autre souvenir lui vint encore pendant que ces pensées me traversaient.

           Au collège, elle disait à ses amis que de toute façon « il ne lui arriverait rien avant ses 16 ans », réalisant à travers ses remémorations à quelle place  elle avait été assignée depuis sa plus tendre enfance, et quel long combat elle avait livré pour tenter de s’appartenir en propre. Arrivée à la faculté, à l’âge de sa majorité, elle fit enlever ce second prénom de sa tante.

           Aussi, si le décollement et la différenciation d’avec le fantôme (dans le fantasme) de sa tante ne pouvaient se faire à un niveau psychique, par défaut ils tentaient dans un  premier temps, dans un premier mouvement de survie psychique, de s’inscrire à un niveau symbolique.  

          Je fus traversée par l’idée que la maladie était aussi fantasmatiquement un moyen pour se couper de cette identité qui n’était pas sienne, en « tuant » la tante en elle, pour pouvoir enfin dire : « je ».

          Se libérant par là même de cette identification endocryptique, mais dans un processus mortifère signant autant la tentative que son échec.

          C’était bien son propre corps qui était touché dans la réalité, et qui se mourait dans l’identification aliénante.

           Nous continuons à échanger longuement, et la patiente, au terme de l’entretien, dans cette quête et cette ressaisie identitaire dont il est question, afin « de découvrir qui elle est », souhaite me revoir dans le cadre de consultations externes.

           Elle se dit surprise d’avoir tant parlé, cela ne lui  « ressemblant pas », car je ne lui avais pas posé de questions particulières, venant de saisir quelque chose de son identité à bras le corps. Cette identité qui, là encore, était meurtrie par le souhait des parents qu’elle ne « sache pas » ce qu’il en était de sa maladie.

          Je me disais que ce travail de « décryptage », d’authentification  de la projection familiale (et surtout maternelle) aurait du être fait « plus tôt » pour éviter peut-être un peu « magiquement » le déroulement mortifère qui lui était prédit, prise dans une crypte signant l’apoptose à venir.

          Mais rien n’aurait été moins sûr, et ces pensées étaient le signe de mon impuissance. Si une psychologisation de la maladie, ainsi qu’une causalité psychosomatique sont des dérives à éviter (et je suis la première à le prôner)…comment ne pas être troublée par cette histoire qui se déroulait à               l’insu consciente de cette patiente ?

          Comment ne pas être tentée de penser l’intrication psyché-soma en terme (ici) de relais du corps sur la psyché, pour raconter son histoire peuplée  de  tâches aveugles, de non-dits, de projection et d’assignation douloureuse ? Qui ont trouvé ici à se parler à travers les maux du corps, à défaut de           mots posés, de paroles délivrantes-délivrées.

          La tâche aveugle liée à cette assignation aliénante, la privant de son statut de sujet, venant se parler dans un « délire du corps », plutôt qu’un « délire » de la pensée, Melle N. me faisant part de sa « crainte de devenir folle », lorsque, enfant, elle avait été saisie autant qu’effrayée par l’idée d’être la « réincarnation » de sa tante…"

 

         Si une causalité psychique, univoque, directe et simpliste sur les maladies somatiques n’existe pas, je peux seulement dire que l’intrication elle, est réelle, le hasard, lui, n’existant pas non plus…seules les co-ïncidences subsistent. La maladie aurait ainsi pour Melle N., réactualisé dans le corps, une souffrance privée de paroles, qui a alors rompu et effracté le « silence des organes » (R. Leriche).

         La souffrance jusque là muette est parlée, voire criée par le corps, réveillant douloureusement des questionnements opacifiés, dissimulés derrière un écran de fumée brusquement soufflé.

        Tous porteurs d’une potentielle maladie, est-ce une interaction explosive -véritable cocktail Molotov- étiopathogènique, déterminée par celle d’un terrain physiologique favorisant, et d’un environnement, ainsi que d’un psychisme en déroute (consciemment et/ou inconsciemment) empreint de tâches aveugles, qui déclencherait celui-ci ?

       Tout autant de vecteurs plurifactoriels à l’œuvre, pluridimensionnels, pris non seulement dans une dialectique entre externe et monde interne, mais également entre vie historique, génétique, ainsi qu’intra-, inter- et trans- subjective, (voire sociale), pour le sujet souffrant. 

      Pour éclairer mon propos, je souhaitais partager avec vous également des extraits du récit de C. Hitchens, écrivain dit polémiste, décédé d’un cancer généralisé en 2011 évoquant l’analogie entre le « corps étranger » qui l’avait envahi, et sa fonction symbolique :

                « Traitant la tumeur dans mon œsophage d’ « étrangeté aveugle et sans passion », je suppose que même moi je n’ai pu m’empêcher de lui attribuer certaines qualités d’une chose vivante. Pour exister, un cancer a besoin d’un organisme vivant, mais il ne peut même pas devenir un organisme vivant. Toute sa malignité -voilà que je recommence- réside dans le fait que le « mieux » qu’il puisse faire, c’est de mourir avec son hôte. Ou bien c’est ça, ou  bien son hôte trouvera les mesures permettant de l’extirper et de lui survivre. »p.17 [2].

       Le représentant d’un être vivant affleure découvrant potentiellement dans le fantasme inconscient, un parent, une personne ? Dé-métaphorisant l’emprise à une figure parentale aliénante par le truchement de la maladie grave ? Qui dit « tu meurs » ?

Il rajoute :  

               « Avec une vie infinie va une liste infinie de parents et d’alliés. Les grands-parents ne meurent jamais, ni les arrière-grands-parents, les grandes- tantes…et ainsi de suite en remontant à travers les générations, tout le monde est vivant et donne son avis. Les fils n’échappent jamais aux ombres de leurs pères. Ni les filles à celles de leurs mères. Nul ne prend jamais possession de soi[3]…Tel est le prix de l’immortalité. Aucune personne n’est entière. Aucune personne n’est libre ». p. 100.    

 

       Il raconte ici combien il n'a pas pu s'appartenir en propre, persuadé d'être comme "possédé" par ses ascendants vécus comme un cancer tueur le rongeant partie par partie. Mourir serait se libérer de ces ascendants qui ne meurent jamais.

L'éclairage donné ici concerne la pratique propre au service d'Oncologie et vient donc interroger une posture extrême où le patient se débat dans une lutte pour la vie. Ce que j'ai souhaité partager avec vous ici vient incarner possiblement le sens que l'on peut mettre sur l'intensité de la force des résonnances d'une aliénation inconsciente.

       On ne déclenche pas une maladie parce que l'on va mal psychiquement, il n'y a pas de causalité psychique réductrice à la maladie somatique, mais on peut relire et réinterpréter notre histoire par le biais d'hypothèses lorsque l'on est touché dans sa chair, pour trouver un sens et un écho à ce qu'il se passe pour nous.

       J'ai pu également accompagner des patients en rémission conduisant bien souvent à un travail dans l'après-coup de réappropriation de leur histoire. 

      Je crois que le chemin thérapeutique pourrait nous aider à nous libérer, le but d’une vie étant peut-être d'oeuvrer justement en ce sens, de devenir soi, adulte, rendant possible le fait de dire non, de se positionner, d’être entendu, de s’appartenir à soi. Dans la visée de se délivrer parfois de mouvements d’emprise exercés à notre encontre, liens invisibles qui tapissent l’arrière-fond de notre inconscient et conduisent notre vie, avant que d’en souffrir terriblement.

      En tant que Psychologue Clinicienne et Psychothérapeute, je navigue entre une posture d'écoute, de réception et d'écho, et une davantage active.

      Tout le travail d'élaboration psychique est ajustement constant entre le thérapeute et le patient, les idées se liant au gré des échos et des résonnances construits au coeur du lien thérapeutique.

      Aussi, afin de pouvoir poursuivre ce travail, avec des suivis rendus possibles par la pérennité du cadre, j’ai souhaité ouvrir un Cabinet de psychologie en janvier 2016.

     Avoir été en immersion au sein de différentes institutions m’aide aujourd’hui à penser toujours un peu plus avant la complexité des parcours et à cheminer avec les patients.  

    Partager plus largement le fruit de ces pratiques et des pensées qui en sont nées, les diffuser pourrait être un projet, publier ces écrits pour aider d’autres semblables à prendre conscience de ses ressentis profonds ouvrant à une vie davantage libre, une envie.    

    Je souhaiterais aussi toujours un peu plus, au côté de mes consœurs et confrères, contribuer, à « réparer les vivants »[4].


[1] Terme de Freud S. (1900), "L’interprétation des rêves", trad. franç., Paris, PUF, 1967 ; concept repris et développé, enrichi par René Roussillon, Professeur émérite de Psychologie Clinique et de Psychopathologie à l'Université Lumière Lyon II, Psychanalyste - membre de la Société Psychanalytique de Paris-. Concernant la suspension de la théorie dans l'abord de la pratique: se référer à l’explicitation de René Roussillon dans « Manuel de la pratique clinique en psychologie et psychopathologie », éditions elsevier masson, 2012, 245 p./ pp. 12 et 13.

[2] Extrait du livre de Christopher Hitchens « Vivre en mourant », édition climats, 2013,117 p.

[3] En italique dans le texte.

[4] En référence et d’après le roman de Maylis de Kerangal « Réparer les vivants ». 

Vécu d'impasse thérapeutique: une aporie démétaphorisée?

Au décours d'un suivi, lorsqu'un sentiment d'impasse thérapeutique semble émerger, peut apparaître parfois chez certains psychothérapeutes, pensant tout "ça-voir" - "savoir", une toute-puissance narcissique arrimée au corps et à la psyché, non-élaborée, qui peut avoir des conséquences désastreuses pour la santé du patient.

S'il n'est pas entendu dans le fait que ce que l'on peut lui renvoyer de lui, de ses vécus d'empêchement, et de ses angoisses qui résistent -le miroir du négatif, de ce qui a été négativé- ne résonne pas, car n'étant pas pensés comme liés à ce à qui, ou à quoi, il a été confronté.

Ou bien encore, si ces liens sont identifiés et nommés, mais que l'impact traumatique, corollaire de cette expérience passée, soit banalisé, minimisé par le thérapeute.

Pire: voire que l'on aboutit à une conclusion qui marque la confusion, l'indifférenciation entre les vécus angoissants qui le traversent et le prennent en otage -du fait de leur persistance malgré la thérapie-: "peur d'être tel ou tel", de "ressentir telle ou telle chose" avec son identité réelle, aboutissant à un: "vous êtes la chose qui vous traverse", l'éloignant toujours un peu plus de son sentiment d'identité.

Lui refaisant vivre l'interdit du "meurtre symbolique" du parent-thérapeute, celui-là même qui a sans doute été empêché pour ce même thérapeute dans son histoire personnelle (il faudra différencier le meurtre symbolique nécessaire, de la répétition d'un meurtre d'âme aveugle par le patient, celui-là même qu'il a subit dans son histoire, et qu'il peut adresser à son thérapeute -cf. plus loin dans le développement-.

Quand un patient dit ne pas aller mieux malgré la thérapie, ou ne pas être en accord avec les hypothèses évoquées, ou que l'on ne va pas assez loin dans le travail thérapeutique, il est important de pouvoir faire un pas de côté pour ne pas se révéler en retour dans une revendication narcissique-phallique délétère.

Il faut toujours tenter de comprendre les enjeux psychiques latents au regard de l'histoire de vie du patient.

Lorsque ceux-ci sont perçus comme hors de cause ou tout du moins suffisamment analysés, ou que cette part agissante à l'insu du thérapeute et du patient est encore insuffisamment identifiée, ou saisissable, il faut alors tenter d'aller par-delà dans l'attente d'une interprétation et analyse maturatives:

La remise en question est nécessaire et me pousse aujourd'hui à repenser différemment ce qui a été pensé comme "résistance" (sous-entendue du patient) dans la conception psychanalytique.

Il est rare, mais il me semble important de l'évoquer, que nous arrivons parfois pour certaines thérapies à ce moment où ce qui reste et résiste à l'analyse se présente, épuisant la pensée, l'associativité génératrice et créatrice, tant pour le patient qui n'a plus grand chose à dire, que le thérapeute qui tourne aussi en rond.

Nous laissant face à une rupture-vide semblant infranchissable entre le mot et la chose, face au visage de la méduse, entre le ressenti et le pensé, soit le corporel et le psychique et son irréductibilité: le refoulement ultime ou plutôt premier, celui dit originel.

Un blanc apparaît: Le point de butée, c'est ce qui est désigné comme résistant à l'interprétation, pensé sans doute trop rapidement comme "gewachsene fels" (S. Freud), héritier d'un complexe de castration inélaborable selon Freud. Mais sans doute inélaboré en miroir pour certains thérapeutes qui ne peuvent renoncer à leur "savoir" face à la double blessure narcissique et oedipienne que ça actualise pour eux (le fameux complexe de castration).

Alors que le "reste" qui "résiste" est à entendre plutôt comme refoulement originel, métaphorisé et interprété par erreur comme "complexe de castration", roc de la castration, par nos aînés.

Cette digression théorique est importante, afin de pouvoir proposer d'autres lignes créatrices à venir pour nos patients et nous-mêmes dans le cheminement commun.

Le thérapeute aveuglé par son narcissisme à la dérive, a raison et le patient tort.

Le thérapeute pense dans une projection-retournement, que c'est le patient qui ironiquement n'accepte pas ce complexe. Et que c'est par là-même un "mauvais" patient.

Comme évoqué précédemment, lorsque ce ce "duel" se présente, c'est que souvent le mouvement du patient porte la trace d'une reconnaissance insuffisante par le thérapeute (ou une non- /voire mé-connaissance) de ses trauma et de leur impact, de la violence de ce à quoi, et à qui, il a été confronté dans son enfance.

Ce qui signe une réédition du trauma en question pour le patient, dans et par la dénégation ou le déni qui se re-présente : "ce n'est pas si grave, vous avez survécu", paroles meurtrières, niantes.

Conduisant le patient à "quitter" la thérapie.

Quand il ne s'agit pas de ce cas-là, que le duel est déjoué, il s'agirait plutôt d'envisager des médiations thérapeutiques permettant l'accès et le travail de l'informe, de ce qui reste insaisissable par la verbalisation, autour de ce qui insiste à se re-présenter dans et par une mémoire corporelle, sensorielle et émotionnelle puissante pour compléter le travail d'orientation analytique.

Mais il existe également une autre lecture possible:

Très souvent elle est nourrie -cette mémoire- de et par des mouvements auxquels le patient a été confronté auprès de ses figures d'investissement, et qui se réactualisent au coeur de la relation transféro-contre transférentielle, en faisant vivre activement au thérapeute ce qu'il a vécu passivement enfant.

La plus meurtrière : celle inhérente à la communication paradoxale, à la projection, retournement, processus psychiques qui ont valeur d'actes auxquels le patient a été soumis lors de sa construction.

Dans cette configuration, le parent s'est souvent dédouané sur le patient-enfant d'une culpabilité qu'il n'arrivait pas à porter : "c'est de ta faute", " tu es coupable", "tu es mauvais", tous les propos et ressentis de l'enfant étant niés, déformés, détournés.

Ce parent-là, très souvent écrasé par une culpabilité inconsciente qu'il ne veut pas voir, n'a jamais pu se remettre véritablement en question, et faire un travail d'élaboration afin de pouvoir se libérer de mouvements violents ou persécuteurs, tant psychiques que physiques.

Il "dépose" ou projette alors sa culpabilité chez son enfant qui en devient l'héritier.

Cet enfant devenu adulte, que peut-t'il en faire en thérapie? Lorsque les vécus reconnus et identifiés ne suffisent pas, sinon tenter de la redéposer chez son thérapeute, d'une manière agissante, sans les mots?

En inversant les rôles, le thérapeute étant mis à la place de l'enfant qu'il a été, le patient étant mobilisé à son insu par les mouvements de son parent, qu'il réadresse.

L'enfant devenu adulte, en grandissant et en vieillissant, doit alors faire ce difficile travail de la reconnaissance de l'empreinte de son parent pour pouvoir être lui, élaborant une culpabilité maturative, le conduisant à une bienveillance dans son rapport à lui et aux autres, transformant et se libérant de la "haine" dans laquelle il a pu parfois baigner (latente ou manifeste).

En thérapie, la dynamique transférentielle et le processus qui y est afférent, permettent que ces modalités de lien délétères se re-présentent, et soient élaborées, recontextualisées, et enfin dépassées.

A la rage succède alors la rage de vivre, et très souvent cela ouvre à un bien-être inconnu jusque-là pour le patient au décours du processus thérapeutique, s'ancrant en sa fin, lorsque la souffrance est apaisée et que la vie reprend ses droits. Ou plutôt que le patient se donne le droit de vivre.

Mais parfois l'issue n'est pas si favorable.

Le patient peut alors nous raconter inlassablement en thérapie ce à quoi il a été soumis, dans une circularité emprisonnante, paralysante:

Lorsque le paradoxe (inhérent à l'expression de l'hôte, du ravisseur du patient), l'ombre de celui qui a exercé son emprise -souvent un parent- s'invite dans la thérapie, cette dernière risque de s'enliser et de donner lieu à chaque interprétation du thérapeute à des quiproquos et malentendus dans la manière dont elle sera accueillie.

Parfois, même si cela reste rare, cette paradoxalité agissante ne pourra conduire qu'à une réaction thérapeutique négative, le meurtre d'âme s'actualisant dans un même mouvement sur le thérapeute lui-même, plus rien n'étant métaphorisé-métaphorisable.

Les maux somatiques s'invitant sur la scène, envahissant le soi, la souffrance psychique s'insinuant silencieusement, de manière implacable. Il n'est pas aisé de se dégager de l'horizon du risque de "s'échouer" -au sens également de l'échec? - sur la rive des mouvements en torsion auxquels le patient a été soumis, le thérapeute étant amené à tenter de déjouer, ce dont le patient n'arrive pas à se libérer.

C'est la "survie" - au sens Winicottien - du thérapeute qui permettrait au sujet de se désaliéner du ravisseur de son histoire, en s'identifiant au processus libératoire et libérateur que le thérapeute mettrait en place.

Elle n'est pas toujours possible, la pensée s'émoussant, la thérapie ne se révélant parfois plus aidante, elle devient stagnante, le thérapeute s'épuisant, étant pris dans les mailles de mouvements invisibles et silencieux, oeuvrant à un écrasement de son être, meurtre invisible, sans fracas, dont le patient est acteur, bien souvent sans en être conscient. 

Le patient a été aux prises des mêmes filets dans son histoire, filets dont il n'a pu se défaire.

Ce peut être une étape dépassable et transitoire, et si elle ne l'est pas, il est alors important de pouvoir élaborer ce que sous-tend le sentiment d'impasse thérapeutique, afin que le patient puisse poursuivre ce travail sans s'effondrer, et que le thérapeute reste ou redevienne également vivant, repermettant la libre circulation de sa pensée, à sa créativité de renaître, et une reconnexion au sentiment de soi, dans un dégagement du lien mortifère.

Pouvoir proposer un relais thérapeutique peut s'avérer nécessaire lorsque la situation reste engluée dans ces mouvements douloureusement destructeurs.

En tant que thérapeute, on vit au moins toujours une fois cette situation complexe au coeur de notre pratique.

Cette conclusion inattendue a conduit nombre de nos contemporains et prédécesseurs psychanalystes a tenté d'analyser les méandres de ce qui peut être vécu comme une épreuve tant pour le patient que pour le thérapeute, qui quittent parfois le lien thérapeutique en se sentant tout deux "mauvais".

Alors qu'il s'agit d'une plongée dans des ressentis douloureux où il n'y a ni bon, ni mauvais, qu'une mémoire qui s'exprime pour ne plus restée imprimée, cherchant désespérément une issue autre que la répétition, tout en tendant à la créer, signant jusque-là une destinée qui risquerait de se révéler inéluctable.

Magali Roux à Aix-les-Bains

Magali Roux

11 Rue du Temple
73100 Aix-les-Bains

Du Lundi au Vendredi de 9h30 à 13h30 et de 14h à 18h30

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